Voyage initiatique en Brocéliande

Un lundi soir, ce fut le moment de partir. On était en août. Il faisait doux car la nuit avait commencé à tomber. Et je partis moi aussi pour accompagner le groupe. Le chemin se trouvait sur la droite, au milieu d’une forêt épaisse. C’était une voie très pénible, en ascension. Les racines des arbres étaient comme autant d’embuches sur le chemin. Parfois c’était même de l’escalade que j’avais l’impression de faire. Un petit ruisseau coulait sur ma gauche, mais je l’entendais plus que je ne le voyais. Les oiseaux riaient et nous entouraient. L’obscurité rendait l‘atmosphère intime. J’étais plongé en moi et j’avançais, tout comme les autres membres du groupe. Non sans peine je suivais ce chemin, perdu dans mes pensées. C’était comme si je remontais le long de quelque chose que je ne saurai décrire. Je sentais l’énergie du lieu et je frissonnais. Il me semblait voir bouger des ombres en face de moi, mais ça devait être mon imagination. Pendant un temps, d’une durée incertaine, j’avançais de la sorte.

Puis la montée s’acheva et le plat refit son apparition. C’était un chemin droit, comme un tunnel, dont les murs étaient composés par la végétation et les arbres. Une branche imposante formait comme une arche à l’orée de ce chemin.

A nouveau je frissonnais. J’entendis notre guide nous dire qu’il s’agissait d’un portail, et il nous invitait à ressentir ce qui se jouait en nous… Je l’entendais au loin tant j’étais perdu dans mes propres sensations. Un mélange de frissons et de bien-être… de réconfort et d’appréhension. Ce corridor, qu’abritait-il ? L’énergie du lieu me semblait familière, et j’eus comme la sensation d’être à un départ de quelque chose d’excitant.

Nous reprîmes le chemin. Le ruisseau nous accompagnait toujours au loin. Mais je remarquai que je n’entendais plus les oiseaux. En avançant je ressentais l’obscurité qui se refermait sur moi. C’était comme si les ombres en moi avaient un espace pour s’exprimer. Des visages apparaissaient dans les recoins de ma pensée, des émotions depuis longtemps enfouies refaisaient surface. Que me disaient-elles ? Je ressentais la fébrilité m’envahir. Le temps semblait s’être arrêté. C’était comme si je devais faire face à ce qui se présentait à moi avant de pouvoir faire un pas en avant. Les doutes… ils me semblaient nager dans mon esprit. Les craintes… elles m’étaient familières. La colère… je la ressentais comme si elle avait toujours été là. Un choix. Oui un choix… Comment réagir face à cette paralysie qui me gagnait. Ne rien faire et les laisser prendre le dessus sur moi ? Et si j’osais faire un pas ? Et si j’osais avancer face à ces événements de la vie qui revenaient à moi en ce moment ? Puis je ressentais la force du groupe. Je retrouvais l’énergie de faire un pas. Affronter ce qui m’avait paralysé jadis. Non… pas affronter. Simplement comprendre que tout ça, ça faisait partie de moi. Ne pas le renier, ne pas le combattre, simplement l’accepter. Mon pied droit se posa par terre et ce fut comme un gong qui vibrait dans tout mon être. J’avais choisi. J’étais souverain et moi seul pouvait décider de ce qui m’arrêterait ou pas.

Puis ma vue s’éclaircit et je perçus à nouveau le chemin et les autres devant moi qui avançaient. Ces sensations que j’avais eues, étaient-elles réelles ? Ou alors était-ce simplement le fruit de mon imagination ? Je ne saurais pas le dire… Mais j’avançais. Sur la gauche un tronc énorme se posait, comme un gardien pour un nouveau passage. Une force puissante émanait de lui, comme si un mouvement inébranlable jaillissait de la terre pour projeter ce tronc en dehors et le faire monter jusqu’au ciel. J’avais l’impression de voir la tête d’un éléphant, puissant, majestueux, impérieux. Sa trompe partait loin vers le ciel, comme pour appeler la puissance de la lumière…

Un mélange de sérénité, de calme et de lucidité prit place en moi. C’était comme si cela validait le passage que je venais de traverser. Je regardais cet arbre, puissant. Je l’observais et il me fascinait. Il était majestueux et imposant. Je ressentais et percevais son aura. Je lui demandais s’il pouvait m’aider et j’eus envie de poser ma main sur lui. Je m’approchais respectueusement. Je posais ma main droite sur son tronc noueux. L’écorce semblait douce et chaude, vivante. Je fermais les yeux. Je ressentais la sérénité s’accentuer, je sentais de la force m’envahir. C’était comme si ce qui m’avait habité il y a longtemps, et que j’avais revécu le long de la traversée juste avant, se nettoyait pour aller dans la terre mère. C’était agréable, puissant, régénérant,… Je me sentais bien. Puis je ressentis mon crâne vibrer et j’ôtais ma main. Je rouvris les yeux et perçus le groupe comme en transe eux aussi. Ils semblaient apaisés, calmes.

Après un temps, nous reprenions le chemin. C’est là que je l’aperçus, devant moi, comme si elle avait toujours été là le long du chemin, et qu’elle m’attendait. Comme un sexe de femme ouvert d’où la source de la rivière naissait. Comme l’origine du monde, de la vie, là présent devant moi. Comme si ma vie avait commencé ici… J’avais l’impression d’avoir gravi ce chemin pour remonter à mon origine. Je m’approchais et je vis la lune se refléter sur l’eau calme de la source… Calme non. Des bulles remontaient soudainement… Les paroles du guide revenaient à ma conscience.

Un beau jour de printemps, auprès d’une fontaine merveilleuse, Viviane rencontra Merlin. Il avait pris l’apparence d’un écuyer de grande allure. Dans les environs de la source, il donna à la belle jeune fille sa première leçon de magie. Elle apprit à faire apparaître une rivière rapide et fraîche, dans une lande sèche et aride… 

C’était comme si maintenant cette fontaine riait, bouillait, et chantait, nous offrant la possibilité de lui confier ce que nous ne souhaitions plus, ou de lui permettre de nous répondre sur des événements à venir.

C’était en Brocéliande. C’était la fontaine de Barenton. Les énergies puissantes m’avaient permis d’avancer sur le chemin, mais aussi en moi. C’était un moment fort et qui restera graver en moi encore longtemps… C’était lors d’un stage que je vécu ce voyage initiatique en Brocéliande.

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