Se reconstruire après une séparation douloureuse

Marc, 47 ans, vit seul dans son appartement avec son fils de 12 ans. Sa femme l’a quitté il y a deux mois, du jour au lendemain, sans la moindre explication. Douche froide pour Marc qui pensait vieillir aux côtés de l’amour de sa vie jusqu’à ce que la mort les sépare. D’abord sidéré puis anéanti, il se sent maintenant humilié et totalement démuni face aux décisions, petites ou grandes, qu’il va devoir prendre pour faire le deuil de son mariage et se reconstruire.

Abandonné au milieu d’un océan de perplexité

Marc est avachi dans son canapé, le regard dans le vide, les lèvres serrées. Il lui faut prendre une décision : aller ou ne pas aller à la soirée mensuelle entre adultes qu’organisent ses amis de la Fac. Tous les troisièmes jeudis de chaque mois, ils se donnent rendez-vous chez l’un d’entre eux, en couple, juste après leur journée de travail. Un rituel qu’ils ont maintenu depuis la fois où ils se sont retrouvés pour fêter le Beaujolais Nouveau…

Les mains posées sur ses genoux, Marc jette un œil à la bibliothèque du salon. Quelques livres se sont volatilisés des étagères laissant à la place des trous béants ; d’autres ouvrages en équilibre instable menacent de s’écrouler à tout instant. Des photos manquent dans les cadres disposés sur la console près de la fenêtre. Et sur le mur d’en face, l’empreinte laissée par un tableau acheté dans une galerie d’arts à Montmartre témoigne de sa récente disparition. Marc se penche en avant, aspiré par la gravité. Celle de la terre dans laquelle il veut se fondre, celle de la situation dans laquelle il est en train de se perdre.

Il se prend la tête entre les mains et rumine. « Je ne peux pas aller à cette soirée seul. C’est au-dessus de mes forces. Je vais me sentir comme un idiot, dévisagé, scruté au milieu de tous nos amis qui me harcèleront de leurs questions lorsqu’ils constateront l’absence d’Anna. Je n’ai pas envie de leur parler, de leur dire quoi que ce soit. De toutes façons, il n’y a rien à dire. Anna est partie et ne reviendra pas. »

Le choc titanesque de la rupture

Il y a deux mois environ, Marc est rentré plus tôt de son cabinet d’architecture. Ce jour-là, il faisait une chaleur orageuse et il avait réussi à avancer l’heure de son dernier rendez-vous de chantier dans l’idée d’emmener son fils Jules à la piscine. Depuis leur retour de vacances, Marc avait mis la tête dans le guidon pour répondre à une offre qu’il considérait comme LE projet de sa carrière s’il était sélectionné par le client. La concurrence est rude dans ce métier ; seul le talent et l’innovation peuvent faire la différence.

Il se souvient de son humeur badine, de son envie de plaisanter à tout-va, ne se doutant pas de ce qui l’attendait… En ouvrant la porte d’entrée, il a découvert l’énorme valise, un autre bagage et le sac à main d’Anna, sa femme. Marc est resté immobile. Ses jambes ne répondaient plus, comme clouées au sol. Il était là, planté au beau milieu du vestibule. En levant les yeux, il l’a aperçue dans la pénombre du couloir. Elle, sa veste sur le bras, un peu surprise : « Ah… tu es déjà là. » S’en est suivi un long silence. Lorsqu’il est enfin sorti de sa torpeur, Marc a demandé des explications à Anna. « J’ai besoin de reprendre ma liberté », a-t-elle balbutié, sans donner d’autre motif à son départ précipité. Après cela, Marc a entendu la porte claquer brusquement derrière elle et il s’est retrouvé seul, face sa propre vulnérabilité et aux multiples incertitudes qui l’assaillaient déjà.

Un iceberg de non-dits

Les jours suivants, Marc s’est senti découragé, emmuré dans l’impuissance, incapable de réagir et cherchant à comprendre ce qu’il avait bien pu faire de mal. Il s’est d’abord reproché sa cécité : qu’est-ce qui avait bien pu lui échapper ? Pourquoi cela lui était-il arrivé si soudainement, sans crier gare ? « J’ai retourné toutes les situations dans ma tête, à la recherche d’un indice aussi infime soit-il. La vérité, c’est que je n’ai rien vu venir. Pas le moindre signe avant-coureur. »

Deux mois se sont écoulés et rien n’a changé. Ou plutôt si. Il ne dort plus, a perdu l’appétit, le sens de l’humour et l’envie. « Si je tiens encore debout, c’est grâce à Jules. Je ne peux pas me recroqueviller sur moi-même. Il n’a pas mérité cela. Je sais aussi qu’il n’est pas dupe lorsqu’il cherche à savoir pourquoi j’ai encore les yeux rougis. Je ne veux pas perdre complètement la face devant lui. J’ai honte. J’ai tellement honte. Si je savais au moins pourquoi elle m’a quitté, je saurais trouver une solution, regagner son cœur, tenter de me racheter. Mais elle n’a rien dit, pas même un reproche. Je n’arrive toujours pas à me faire à l’idée que ce soit fini entre nous. Elle me manque. Son parfum, sa voix, sa présence. Tout son être me manque terriblement. Sans elle, ma vie n’a plus de sens. »

Une petite plongée en plein cœur

Marc se lève du canapé. La gorge sèche, il se dirige vers la cuisine pour se servir un verre d’eau. Sur la porte du réfrigérateur, un cliché pris lors d’un déjeuner en famille chez ses parents est maintenu par deux magnets. « A eux non plus, je n’ai pas été foutu de leur avouer la situation. Ils aiment tellement Anna. Ils vont être tristes et inquiets en l’apprenant, même si je sais fort bien qu’ils me tiendront en partie responsable de ce gâchis, pour avoir souvent passé bien trop de temps sur mes chantiers. Etre passionné et ambitieux, c’est bien, m’ont-ils averti mais fais attention à ne pas passer à côté de ta vie de famille. »

L’heure tourne et Marc n’a toujours pas pris sa décision. Il s’installe devant son bureau et allume son ordinateur. En surfant sur Facebook, il tombe sur la page de Nouveau Souffle : « retrouver le sens de sa vie ». Intrigué, il va de messages en messages. Quelque chose qu’il ne sait définir le retient et l’incite à poursuivre sa découverte jusqu’à enchaîner la lecture d’un grand nombre d’articles. Captivé, il se reconnaît même à travers le portrait de certains internautes qui ont fait appel à Nouveau Souffle. Il attrape un stylo, son agenda et note les coordonnées. « Demain, j’appelle et je prends rendez-vous. A partir de maintenant, je vais décider de ce qui est bon pour moi. Et je vais commencer par aller à cette soirée. Il est grand temps que je leur dise la vérité, à mes amis et à ma famille. Je me la dois pour tourner la page. »

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