Axelle-Art.1 – Quand le travail devient synonyme de perte de sens

Axelle, femme accomplie de quarante ans, travaille dans un grand groupe en Ile-de-France. Chef de projets en formation interne, reconnue pour son engagement et ses compétences, elle se voit désorientée à la suite d’un changement de direction, jusqu’à douter de ses capacités pour remplir ses missions. Elle témoigne  de sa perte de motivation, puis de confiance, et de son inéluctable glissement dans la spirale de l’épuisement physique et moral.

Le début de la fin

Axelle, vit dans une petite maison de ville à Vincennes avec son mari David, son fils Arthur âgé de 7 ans et elle attend son deuxième enfant. Plutôt positive et d’une personnalité très enthousiaste, elle a l’impression que quelque chose lui échappe et nuit à son épanouissement … Cela pourrait bien venir de sa vie professionnelle un peu monotone…

« Je suis formatrice interne dans un grand groupe bancaire que j’ai intégré depuis la fin de mes études, mais aujourd’hui, je ne me sens plus vraiment à ma place. A mon arrivée, j’étais vraiment pleine d’ambition et je m’étais même préparée un plan de carrière à moyen terme ! » Axelle traitait alors ses dossiers à bras-le-corps, avec l’envie de révolutionner le service Formation du groupe « pour lui donner, disait-elle, une vraie raison d’être en étant au plus proche des souhaits d’évolution des collaborateurs. »

« J’ai moi-même bénéficié de multiples formations dans mon métier pour me permettre d’élargir le champ de mes compétences, explique-t-elle, quand j’y pense, je me suis énormément investie ! J’aimais mon job et j’étais convaincue de pouvoir apporter une plus-value à ma fonction. » Axelle s’était d’ailleurs fixée l’objectif de saisir toute opportunité pour orienter son métier vers un poste de Responsable de la gestion des carrières aux Ressources humaines.

Mais avec le changement de direction qui s’est opéré cinq ans auparavant, ses projets ont été quelque peu bousculés. « Je ne l’ai pas vraiment vu venir mais je crois que c’est à ce moment-là que j’ai commencé à perdre toute valeur pour mon métier. » Et maintenant, elle a l’impression de faire du sur-place, de stagner, et trouve de moins en moins de sens dans les différents projets qu’on lui donne à traiter.

Un changement de politique comme déclencheur

« Au début, je me suis dit que ce n’était qu’un passage, poursuit-elle, qu’il faut bien que la nouvelle stratégie de l’entreprise se mette en place. Rome ne s’est pas construite en un jour… Il faut donc savoir prendre la mesure de ces transformations, bien souvent nécessaires, puisque le monde bouge. La concurrence est de plus en plus rude et ne laisse aucune place aux indécis. »

Cependant, habitués à un fonctionnement qui a longtemps fait ses preuves, les salariés sont fréquemment circonspects à la mise en œuvre d’une nouvelle vision politique pour leur groupe. Ils attendent de leur manager des informations concrètes, précises sur la façon dont vont être mis en place les axes du changement. Ils veulent des réponses claires sur leur rôle et les missions qu’on leur soumet. Une condition sinequanone pour que des collaborateurs adhèrent pleinement aux grands enjeux de leur entreprise. Axelle l’a bien compris. « Mais sincèrement, dans cette redistribution des cartes, je ne voyais pas comment sortir mon épingle du jeu. Alors oui, je me suis dit que le mieux, c’était d’attendre et de voir comment à l’avenir je pourrai me positionner. »

En outre, nombreux sont ses amis qui connaissent une petite perte de vitesse dans leur boulot. C’est même un sujet très récurrent dans les soirées : burnout, épuisement moral ou bilan de compétences pour retrouver l’allant et l’énergie d’antan… Alors, pour Axelle, rien de plus normal que de se laisser un peu de temps. Ce qu’il faut pour prendre du recul et se tourner vers d’autres centres d’intérêt.

Une lente descente dans les affres de l’épuisement moral

« Mais les choses se sont vite dégradées… », précise Axelle. La hiérarchie, entre le marteau et l’enclume, met la pression sur les collaborateurs. Axelle en fait les frais, tout comme certains de ses collègues, qui de guerre lasse, finissent par démissionner. « Au début, j’ai pensé : pas moi ! Je ne vais pas me laisser aller ! Je dois être plus réactive. Après tout, je suis responsable de prendre mon destin en mains. »

Pour s’adapter aux évolutions techniques générées par la nouvelle organisation, elle adresse à son manager des demandes de formations argumentées. Ses requêtes sont refusées. Pire encore, le poste qu’il lui avait fait miroiter est attribué à une toute nouvelle recrue dans le service. Axelle se sent rejetée, mise sur la touche. « J’avais le sentiment de ne plus rien maîtriser et d’être totalement impuissante. »

« Mes nuits sont devenues de plus en plus courtes, et les insomnies plus nombreuses, souligne Axelle. Je me réveillais tous les jours fatiguée. Le matin, je partais au travail en traînant des pieds, avec une pointe au niveau du cœur. Quand j’arrivais au bureau, je m’éternisais à la cafétéria, et c’est sans conviction et avec la culpabilité en plus que je finissais par m’extirper jusqu’à mon poste. » Elle met de plus en plus de temps à s’organiser, ne sachant pas toujours par quel dossier commencer et perd le sens des priorités. Difficulté de concentration, mémoire en berne, Axelle doute de ses capacités.

Tout ce qui lui arrive ne serait-ce pas à cause d’un manque de confiance en elle ? Est-elle finalement faite pour ce poste et a-t-elle les ressources suffisantes pour absorber la charge de travail ? Elle rentre chez elle, un peu ébaubie et l’idée d’avoir à préparer le dîner la plonge dans un désarroi inouï.

« Quand mon mari m’a demandé ce que j’avais, et pourquoi j’avais l’air si triste, sans parler de mon irritabilité, j’ai éclaté en sanglots. Ce jour-là, j’ai dormi plus de vingt-quatre heures non stop ! En sortant de mon sommeil, j’ai compris qu’il fallait que je me ressaisisse très vite, mais comment ?»

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